Commentaire généraux sur l'ensemble du document et chapitre par chapitre

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Commentaire généraux sur l'ensemble du document et chapitre par chapitre

Message  Claire Alix le Jeu 6 Mar - 7:54

Dans un premier temps, je voulais remercier les organisateurs du chantier arctique de l’initiative et de la possibilité qui nous est donnée de nous exprimer sur un document qui n’a pas dû être facile à élaborer. Cette prospective essaye d’intégrer plusieurs disciplines ce qu’elle réussit relativement. Mais en tant que chercheur en sciences sociales j’ai un peu regretté que les sciences sociales ne soient intégrées que pour être au service des sciences dites « dures » sans que ne soient assez prise en compte ses problématiques propres. Malheureusement c’est souvent le cas dans ce genre d’exercice.
Il y a quelques redondances entre certains chapitres (comme les 11% de l’apport d’eau douce à l’océan global mentionné en p.8 et 42) et certains thèmes reviennent en leitmotiv comme celui de l’impact sur les sociétés autochtones sans que jamais ces sociétés ne soient précisément définies en dehors de cas précis comme en p.24 où il n’est question que des Inuits du Groenland alors que l’ensemble des Inuit est concerné. Du coup, ce flou sur « les sociétés autochtones » m’a amené à m’interroger sur ce que le document de prospective entend réellement par Arctique. Il serait bon de définir la zone géographique concernée. Il est clair dans certains chapitres que les phénomènes décrits concernent l’Arctique à proprement dit alors que lorsqu’il est question des sociétés, des régions telles que la Sibérie centrale sont mentionnées, régions clairement subarctiques. Cela ne me pose aucun problème sauf que si le Subarctique sibérien ou eurasien est pris en compte, ne faudrait-il pas le préciser et considérer également les régions subarctiques de l’Amérique du nord ?
Ces questions de limite sont toujours complexes mais devraient être précisées pour éviter toute confusion.

Dans la suite de mes remarques je fournis chapitre par chapitre les réflexions qui me sont venues à la lecture complète du document


Chapitre 3 : Il est question du climat côtier du Groenland et de ses impacts sur les sociétés autochtones

Ne devrait-on pas plutôt parler des villes et des communautés rurales ?
Je me suis demandée si il s’agit de ne s’intéresser qu’aux membres autochtones des communautés ou bien à l’ensemble de la population qui constitue aujourd’hui ces communautés, avec certaines qui seront quasi entièrement autochtones? Ceci permettrait de discuter de certaines mutations en terme de démographie qui accompagnent les changements globaux ? Il est un peu question en fin de document mais il serait bon de le préciser dès le début.

Chapitre 4 : Point f : La banquise comme milieu de vie dans un contexte de changement climatique
Pourquoi uniquement les Inuit du Groenland ? On pourrait ouvrir à l’ensemble des groupes humains établis sur le littoral arctique qui dépendent des conditions changeantes du littoral ?

Chapitre 7 : La fonte du pergélisol est en effet un phénomène environnemental crucial des changements actuels avec des impacts énormes sur le reste de l’écosystème et sur les populations qui vivent dans les régions arctiques.
La fonte du pergélisol a un impact également sur les ressources archéologiques des zones arctiques qui comprennent souvent des sites gelés avec des vestiges exceptionnellement conservés constituant des « réservoirs » de données et de proxy pour les études paléoclimatiques et environnementales et l’histoire des relations homme / milieu [voir par exemple le site gelé de Qeqertasussuk sur la côte ouest du Groenland (Grønnow 1994 ; Gilbert et al. 2008) ou le site du Cape Espenberg en Alaska avec ses bois archéologiques et les données dendrochronologiques (Alix et al. 2013)]. L’évaluation et la préservation des ressources archéologiques est un thème important (voir par exemple le projet Arctic CHAR (Arctic Cultural Heritage at Risk) dirigé par T.M. Friesen (U of Toronto) en partenariat avec ICRC, l’Inuvialuit Cultural Resource Centre et financé par le fond le Conseil de Recherche en Sciences Humaines (CRSH) du Canada.
Il serait important d’ajouter une phrase sur la nécessité d’une évaluation des ressources archéologiques en vue de leur préservation et de leur étude pour une meilleure compréhension des phénomènes passés dans l’Arctique.
 
Chapitre 9 : Dans ce chapitre apparaît enfin la question des partenariats éthiques. Dans la mesure où les sociétés humaines sont mentionnées par-ci et par-là dans tout le document de prospective, j’ai été surprise de ne voir apparaître cette question des partenariats éthiques qu’en page 39. Cette question concerne pourtant l’ensemble des recherches en Arctique. La charte éthique de l’Office of Polar Program (OPP) de la NSF (https://www.nsf.gov/geo/plr/arctic/conduct.jsp) par exemple n’est pas uniquement l’apanage des sciences sociales. Il semble donc important que cette question soit placée en introduction du document de prospective et qu’elle concerne l’ensemble des 13 chapitres.

Dans le chapitre 9 on remarque que les mammifères marins et les poissons ne figurent pas dans la question des changements environnementaux (ne devrait-on pas d’ailleurs plutôt parler de changement globaux ?) et de leur impacts sur les sociétés. Il est vrai que l’on peut considérer que cette question est mentionnée dans les chapitres suivants ou précédents. Pourtant, la seule mention du renne/caribou m’a paru un peu réductrice de ce qui est important pour les sociétés arctiques et subarctiques. La question du renne/caribou est bien sûr essentielle et elle est l’objet de nombreuses recherches. En parallèle à ces recherches sur le renne, il faudrait aussi se focaliser sur d’autres espèces terrestres (petite faune, élan, ours), marines (phoque, baleine, morses, ours polaires) sans oublier les oiseaux et les poissons dont certaines espèces (i.e. le saumon) sont à l’interface océan / intérieur des terres. Certaines espèces comme la baleine ou l’ours polaire sont très emblématiques et ont une forte charge spirituelle.

Dans la section "c" du 9.3, il faudrait rajouter un paragraphe sur les problématiques archéologiques propres aux régions arctiques : le premier peuplement de l’Arctique américain il y a 4500 ans ; l’émergence de la culture inuit au cours du premier millénaire dans le détroit de Béring ; deux moments clefs de cette préhistoire de la région qui sont rythmés par des changements climatiques et environnementaux importants (Néoglaciation, Optimum ou anomalie climatique médiéval suivi du Petit Age Glaciaire). Dans le nord de la Sibérie, les sites les plus anciens sont très anciens : 27 000 BP pour le site paléolithique de Yana RHS, environ 14 000 BP pour Berelekh et 8 000 BP pour Zhokhov Island. Ces sites montrent que l’adaptation des sociétés humaines aux conditions arctiques est très ancienne et reste encore trop peu étudié (voir Plumet 2004, Hoffecker 2004 ; Pitul’ko et al. 2004). Les territoires sont immenses et la carte archéologique bien loin d’être complète.

Alors, que l’Arctique peut offrir en effet des analogies intéressantes pour la recherche préhistorique européenne, une meilleure connaissance du peuplement de l’Arctique et du développement passé des sociétés est essentielle si l’on veut comprendre les peuples autochtones qui vivent encore aujourd’hui dans ces régions. La compréhension des réponses sociétales actuelles passe aussi par une connaissance approfondie des développements passés.

Enfin on regrette que des thèmes purement issus des sciences humaines, comme les études sur le fait religieux et de la linguistique sont seulement mentionnées en fin de chapitre, regroupées en une phrase. Il est vrai que p.55 il est question de l’importance des langues vernaculaires et il faudrait sans doute un renvoi à la page 55, mais simplement à titre d’exemple car il s’agit surtout d’un cas application.


Chapitre 10 : il me semble qu’il y a quelque répétition ici avec des données énoncées dans le chapitre 1, en particulier au sujet de la composition de l’eau.

Dans la section ‘a’. La "zone" critique en Arctique, dans le 3e paragraphe, il faudrait plutôt écrire « … par exemple, la majorité des villes de Sibérie… »

De plus, d’autres régions pourraient également être prises en compte et le paragraphe pourrait être plus intégrateur.

Dans la section ‘b’. Estuaires et environnement marin

Pourrait-on ajouter une phrase ou un paragraphe pour proposer de traiter la question continuum terre-mer également du point de vue des sciences humaines.


Chapitre 11 : Mon commentaire ici rejoint celui donné sur le chapitre 9 et concerne la nécessité de prendre en compte la longue durée et les données que peuvent fournir l’archéologie arctique et les recherches paléo-environnementales avec ses cycles de changements climatiques, la distribution des sites archéologiques (et la chronologie des établissements), et les changements observés dans les modes de subsistance (données de l’archéozoologie, de l'archéobotanie et des analyses techno-fonctionnelles).

p. 47, 2e phrase du dernier paragraphe, il y a un problème avec les deux phrases dont la première commence avec : « Depuis le début du XXe siècle… » si les pratiques en question ont connu leur renouveau au début du XXe s., comment « ces pratiques » peuvent-elles être « à l’origine de nombreux changements environnementaux à des échelles de temps allant de la décennie au millénaire… » ?

p.50 il est question d’activités qui se sont poursuivies en Islande… et l’on pose la question du pourquoi par rapport au Groenland. Il semble évident que l’Islande a bénéficié des bienfaits du Gulf Stream et que la situation est donc très différente de celle du Groenland. Et donc peut-être faut-il poser la question différemment.

La question des changements climatiques est utilisée dans l’ensemble du document comme le moteur des changements observés dans l’Arctique, mais les changements sociaux observés ne sont pas tous liés aux changements climatiques… les questions de mouvements migratoires et de démographie sont clairement à prendre en compte… l’arrivée toujours plus importantes de communautés venant des Philippines, des pays d’Europe centrale ont un impact certain sur l’organisation des communautés, sur les changements politiques et sociaux qui s’observent dans le Nord.

p.51, d : le titre est redondant de ce qui est proposé dans le chapitre 9.
Ce paragraphe commence par la question de la flexibilité des autochtones. Cette notion de flexibilité arrive à mon avis un peu tard et peut-on réellement l’observer chez toutes les sociétés « autochtones » ? D’ailleurs qu’entend-on par là exactement ? De quelle société autochtone s’agit-il ? Il serait important de le définir plus précisément.

Un peu plus bas il est question du fait que l’étroite collaboration avec les scientifiques est considérée comme nécessaire… il faut sans doute être prudent ici. Il existe encore dans certaines régions une certaine méfiance des populations locales envers les scientifiques.

On lit également la nécessité d’un « … langage commun en définissant les principes sur lesquels reposent chacun des systèmes de connaissance… »
Tel qu’il est écrit le texte donne l’impression que les sociétés autochtones représentent une seule entité. Il serait important de préciser à quel système de connaissance le texte fait référence ou d’éviter cette impression qu’il s’agit d’un seul et même groupe. Les sociétés arctiques sont nombreuses d'autant plus que le document inclut une partie du subarctique. Il faudrait préciser qu’il existe autant de systèmes de connaissance et de représentation qu’il existe de sociétés autochtones…

Enfin la dernière phrase de ce paragraphe parle du changement climatique et de ses effets sur les premiers occupants des régions circumpolaires… Là encore, ce n’est pas très clair et je me suis demandée qui étaient ces premiers occupants ?
Ceux d’il y a 30 000 ans dans le grand nord de la Sibérie, ceux d’il y a 14 000 ans en Alaska, ou ceux d’il y a 4 500 ans dans l’Arctique oriental canadien et groenlandais ? Ou bien encore s’agit-il des peuples autochtones d’aujourd’hui qualifiés de « premiers » pour utiliser la notion canadienne de First Nations.

Chapitre 12 : Pollution

Ne faudrait-il pas mentionner aussi l’impact des accidents nucléaires ou pétroliers sur les ressources, les écosystèmes et les populations arctiques ? Une des questions qui inquiètent beaucoup les populations d’Alaska par exemple est la question des effets de catastrophes récentes comme celle nucléaire de Fukushima. Que l’impact de Fukushima sur les ressources alaskiennes tiennent de la réalité ou du mythe, elle est au cœur des préoccupations et vaudrait la peine d’être mentionnée ?

p. 52, il est écrit que la pollution « pourrait » avoir un impact sur la santé… pourquoi le conditionnel ici alors que des études existent et montrent la relation de cause à effet entre pollution et santé.

p. 56 : La Sibérie et l’Alaska sont mentionnées. Il faudrait sans doute rajouter le nord canadien ?


Chapitre 13 :

p.57 : La fin du 3e paragraphe du 13.2 contexte est un peu redondant avec le chapitre 12.

En début de 4e paragraphe, la variabilité des développements arctiques du point de vue démographique et économique est mentionnée et cette information devrait être mentionnée bien avant dans le document. En effet, il est question à plusieurs reprises des « sociétés arctiques » dans le texte. Aussi s’il était possible de placer cette information essentielle sur la variabilité des sociétés arctiques bien avant dans le document, cela éviterait les interrogations qui surviennent au fil de la lecture.

Bibliographie
Alix, C., Mason, O.K., Bigelow, N., Hoffecker, J.F. 2013. Mille ans d’occupation au Cap Espenberg – Développement de la culture Inuit/Inupiaq dans le nord-ouest de l’Alaska. Colloque Chantier arctique – les grands enjeux scientifiques.
Andrews, T, & MacKay, G.  Ed. 2012. The archaeology and paleoecology of Alpine Ice Patches. Arctic vol.65 suppl. 1
Hoffecker John H., 2004. A Prehistory of the North. Human Settlement of the Higher Latitudes. Rutgers University Press, New Brunswick, New Jersey and London, 225p.Gilbert et al 2008
Gilbert, M. Thomas P., Kivisild, Toomas, Grønnow, Bjarne, Andersen, Pernille K. et al. 2008. Paleo-Eskimo mtDNA Genome Reveals Matrilineal Discontinuity in Greenland. Science 320: 1787-1789
Grønnow, B., 1994. Qeqertasussuk - The Archaeology of a Frozen Saqqaq Site in Disko Bay Bugt, West Greenland. In Threads of Arctic Prehistory : Papers in honour of William E. Taylor, Jr. D. Morrison et J.L. Pilon eds. Canadian Museum of Civilization, Mercury Series, Archaeological Survey of Canada Paper 149: 197-238
Pitul’ko, V. V., Nikolsky, P. A., Girya, E. Yu., Basilyan, A. E., et al., 2004. The Yana RHS Site: Humans in the Arctic Before the Last Glacial Maximum. Science 303:52-56
Plumet, P., 2004. Peuples du Grand Nord vol. I et II. Editions Errance, Paris,

Claire Alix

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