Trois axes de recherche en archéologie arctique et environnementale

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Trois axes de recherche en archéologie arctique et environnementale

Message  Claire Alix le Ven 24 Mai - 17:36

Origine et développement de
la culture Inuit dans le détroit de Béring et la côte nord de l’Alaska et
impacts des changements climatiques passés



Projet NSF (OPP# 0755725) Human Response to Climate
Change at Cape Espenberg AD 800-1400
.

On accepte généralement que la culture Inuit s’est développée de part et
d’autre du détroit de Béring à la fin du 1er millénaire ou début du 2e millénaire
apr. J.-C. Au 13e siècle, des
groupes que les archéologues appellent les thuléens, ancêtres directs des Inuit,
partent vers l’est et colonisent l’ensemble de l’Arctique canadien et du Groenland. En revanche, les mécanismes et la
chronologie exacte de ces développements culturels restent encore mal compris.
Comment et quand passe-t-on de groupes aux traits culturels distincts à
l’homogénéisation constatée des 12e/13e siècle? Par quel mécanismes
socio-culturels et sous quelles conditions environnementales ?

Le projet de recherche archéologique du Cap Espenberg vise à explorer sur
le long terme la question de l’adaptation et de l’innovation des populations
proto-Inuit confrontées aux changements climatiques de la période AD 800-1800 -
Anomalie climatique médiévale et petit âge glaciaire.
L’objectif est d’explorer les conditions environnementales et sociales de
l’implantation de trois villages thuléens sur le littoral du Cap Espenberg
(Péninsule Seward) à différents moments pendant cette période et sur trois
fronts de plage distincts. Ce projet pluridisciplinaire est une collaboration
entre plusieurs instituts de recherche américains (INSTAAR, UAF, UCD) et
l’équipe ArchAm (UMR 8096).

Un des axes du projet est de reconstituer la disponibilité du bois à cette
période et de comprendre la place qu’il a tenu comme bois d’œuvre et
combustible (les bois sont très bien conservés) dans le développement des trois
villages et éventuellement son rôle dans l’abandon de la localité au 19e
siècle. Cet axe comprend entre
autre une recherche dendrochronologique qui va assister la mise en place d’une
chronologie fine et va apporter des informations climatiques sur cette période.
Trois campagnes de terrain ont eu lieu entre juillet 2009 et août 2011 et les
analyses sont en cours.

People, Landscapes and Narratives in Time: Birnirk And the Later Cultural Developments of Northern Seward Peninsula.

Une nouvelle phase du projet est prévue pour 2013-2017 et est en cours
d’évaluation auprès de la NSF (National Science Foundation) Elle prévoit la
poursuite des recherches actuelles avec toutefois une place encore plus large
donnée à la participation communautaire et une meilleure prise en compte des
récits locaux (et parallèles) en terme d’histoire culturelle.
Ces questions et les résultats qui sont obtenus par les archéologues sur le
développement culturel des Inuit et de leur relation à l’environnement montrent
l’extrême résilience des populations au cours de leur histoire. Les analyses
technologiques de la culture matérielle et des restes fauniques montrent le
large éventail des savoirs et des choix techniques possibles. D’une manière générale,
les populations de l’Arctique nord-américain ont fait preuve d’une grande
flexibilité technique tout au long de leur histoire, adaptant leurs stratégies
et leur choix techniques aux conditions du moment ou du lieu. Cette grande flexibilité des choix et
des stratégies peut être vue comme un trait culturel en soit.

Poursuivre l’analyse de ces phénomènes d’adaptation et de transmission des
savoirs et documenter le développement des modes de vie du passé est essentiel
pour comprendre les réactions actuelles face aux changements globaux qui
affectent l’Arctique.

La recherche archéologique doit aussi continuer à intégrer la parole
autochtone dans ses réflexions sur l’histoire des développements culturels. Il
ne s’agit plus de se demander ce que signifient pour nous les vestiges
archéologiques de l’Arctique mais bien de prendre aussi en compte le sens que
leur donnent les communautés arctiques. Localement les autochtones, hors des contextes
académiques, racontent leur histoire et analysent leur propre passé. Comment
les communautés arctiques conçoivent leur passé est une donnée à prendre en
compte dans les interprétations archéologiques. Les archéologues doivent maintenir
et renouveler leur dialogue, parfois tendu, avec les communautés autochtones.

Chronologie, climat et environnement:

Dendrochronologie du bois
flotté en Alaska et sensibilité climatique des épicéas (Picea glauca) des
plaines inondables et conséquence des changements climatiques sur la forêt
alaskienne.


Le programme Anthropobois financé par l’IPEV (pg 402), la NSF et UAF dans les années 2000 a permis de relancer la recherche dendrochronologique
sur bois flotté, bois archéologique et épicéa des plaines inondables en Alaska.
Ce domaine de recherche « végétait » depuis les travaux de J.-L.
Giddings en 1940-1960. Le plus gros du bois flotté trouvé sur les côtes de
l’Alaska et donc utilisé par les habitants du littoral et retrouvé dans les
sites archéologiques provient de l’intérieur des terres et pousse le long des
fleuves et des rivières dans les forêts inondables de l’intérieur. Grâce à ce
projet, les chronologies de référence ont été construites pour les plaines
inondables de trois fleuves principaux en Alaska, le Yukon, le Tanana et la
Kuskokwim. Ce travail est mené en étroite collaboration avec Glenn P. Juday,
professeur d’écologie forestière et dendroclimatologue à l’Université d’Alaska
à Fairbanks (UAF). A long terme,
le but est de construire, par l’accumulation et la datation croisée de
référents sur bois actuels, flottés et archéologiques, des chronologies longues
qui permettront de mieux comprendre l’origine, le transit et la circulation des
bois, ainsi que de proposer des interprétations en terme de climat.
Ces travaux s’inscrivent au cœur de la recherche sur les changements
climatiques actuels en Alaska et leur effet sur la forêt boréale menée à UAF. Les analyses montrent
une tendance au brunissement de la forêt alors que la toundra verdit, et
proposent à long terme un changement de biome si les conditions climatiques
maintiennent leurs tendances actuelles (Beck, Juday et al, 2011 Ecology Letters 14:373-379).
Ces recherches sont étroitement liées aux travaux archéologiques menés sur
la côte alaskienne qui fournissent les échantillons nécessaire à l’allongement
des séquences dendrochronologiques.

Claire Alix

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Date d'inscription : 20/03/2013

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