Stratosphère arctique

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Stratosphère arctique

Message  CLAUD Chantal le Jeu 23 Mai - 15:29

Stratosphère arctique
Contrib . : C. Claud, S., S. Bekki, G. Berthet, D. Cariolle, V. Catoire, F. Jegou, S. Godin-Beekmann, F. Goutail, A. Hauchecorne, N. Huret, J. Jumelet, P. Keckhut, F. Lefevre, M. Marchand, M. Michou, A. Pazmino, J.-P. Pommereau, J.-B. Renard, D. Saint-Martin



Un volet important de la recherche concernant la stratosphère arctique est le devenir de la couche d’ozone et les interactions chimie-climat via la stratosphère. Au cours de la dernière décennie, un grand programme d’intercomparaison et de validation des modèles de chimie-climat (CCMVal : http://www.atmosp.physics.utoronto.ca/SPARC/CCMVAL_FINAL/index.php) a été mis en place pour étudier, entre autres, l’évolution de la stratosphère et de la couche d’ozone en Arctique. Au niveau national, l’IPSL et le CNRM contribuent activement à ce programme avec leurs modèles respectifs. Le programme CCMVal a été étendu à la troposphère et est devenu le programme CCMI, une composante du programme du GIEC (http://www.pa.op.dlr.de/CCMI/index.html).
L’évolution de l’ozone stratosphérique en Arctique dépend non seulement de l’évolution de la charge en halogène mais aussi de l’évolution du climat. En effet, la basse stratosphère Arctique est caractérisée par des conditions marginales pour la formation des nuages stratosphériques polaires et donc pour la destruction d’ozone. Celle-ci varie très fortement d’une année sur l’autre selon les conditions météorologiques, et notamment la température, dans la basse stratosphère. Une illustration de cette variabilité est fournie par l'amplitude exceptionnelle de la destruction d'ozone en Arctique observée au cours de l’hiver 2010/2011 par les satellites en opération et les instruments au sol. Cette destruction résultait de la persistance du vortex polaire jusqu'à fin mars, dans lequel la destruction d’ozone a atteint un taux record, assez proche des taux de destruction observés en Antarctique. Le devenir de l’ozone stratosphérique en Arctique est largement conditionné à l’évolution de la stratosphère, notamment le vortex Arctique, et donc au forçage dynamique de la troposphère. En retour, l’état de la stratosphère Arctique influence la troposphère Arctique. Ces questions sont principalement étudiées par l’analyse d’observations de chimie et d’analyses météorologiques combinée à de la modélisation du climat et chimie-climat.
Par ailleurs, au cours du printemps, la fréquence des phénomènes de FriAC (Frozen In Anticyclones ou événements extrêmes d’intrusions tropicales en région polaire) observées au cours de la dernière décennie semble avoir augmenté sans que l’on sache si ce changement est à mettre en relation avec « un changement de régime des vents » dans la stratosphère associé à une augmentation de l’activité ondulatoire dans l’hémisphère Nord.
Enfin, la basse stratosphère (et la troposphère) sont des régions d’import pour les émissions de monoxyde de carbone, d’aérosols et autres produits de combustion associés aux feux de forêts boréales ainsi qu’aux panaches de pollution des moyennes latitudes. De plus, les injections de SO2 par les éruptions volcaniques modérées (environ 20 fois moins fortes que celle du Pinatubo en 1991) ont été suffisamment récurrentes au cours de la dernière décennie pour moduler le contenu en aérosols sulfatés de la basse stratosphère et potentiellement impacter la chimie de l'ozone stratosphérique sur des échelles de plusieurs mois. L’évolution de la composition chimique de la région polaire arctique sous l’effet de ces imports nécessite des études afin d’évaluer l’évolution de sa composition chimique sur la colonne atmosphérique et son impact sur le climat.

Dans le détail, des travaux, que ce soit de modélisation (chimie-climat, chimie-transport et dynamique), d’analyse de données (réseau NDACC, mesures spatiales) et la mise en œuvre de campagnes spécifiques aéroportées et ballon seront donc menés dans les directions suivantes :

1. Surveillance des tendances de température stratosphérique en Arctique en lien avec les variations d'Ozone.
Les travaux menés dans ce domaine seront poursuivis. En particulier, les observations satellitaires, de par leur caractère global et leur bonne répétitivité temporelle, seront utilisées en vue de surveiller l’évolution de la température dans cette partie de l’atmosphère. Les données AMSU, dites de seconde génération, disponibles depuis 1998, seront analysées et il sera important de faire le lien avec les observations qui les précédaient (SSU/MSU) en vue d’avoir un enregistrement continu depuis 1979. L’apport des données satellitaires récentes (AIRS ou IASI couplées à AMSU, HALOE, MIPAS/ENVISAT, GOMOS/ENVISAT…) sera considéré. Ce jeu de données, dans un premier temps limité temporellement pour aborder la question des tendances, sera à terme, irremplaçable. Des études d’évaluation des incertitudes associées aux différentes mesures disponibles dans la stratosphère (lidars, radiosondages, …) seront réalisées. Ces travaux iront de pair avec des études visant à mieux caractériser la variabilité naturelle de la stratosphère en vue justement d’une caractérisation plus fine de ces tendances et de leur significativité. Une combinaison de ces observations, des réanalyses et des simulations de la circulation générale dans la stratosphère permettront d’étudier l’impact des tendances de température détectées sur la circulation méridienne, l’intensité du vortex stratosphérique polaire, et l’activité dynamique de la stratosphère. L’enjeu est de taille car la proximité ou non du moment où la couche d’ozone va se rétablir est liée à ces processus dynamiques.

2. Analyse de la dynamique stratosphérique
a. étude des échauffements stratosphériques soudains.
Un exemple frappant du couplage stratosphère-troposphère correspond aux échauffements stratosphériques (SSW : Sudden Stratospheric Warmings) provoqués par la rupture du vortex polaire l’hiver dans la stratosphère dans l’hémisphère Nord. En effet, un vent zonal important s’établit l’hiver du fait du refroidissement radiatif. Dans l’hémisphère nord, l’activité des ondes planétaires perturbe cette circulation, allant parfois jusqu'à la rupture. De ce fait, le vent zonal ralentit, les masses d’air se mélangent, et la température augmente. Ce phénomène est primordial pour l’évolution de la stratosphère et la destruction d’ozone, mais aussi pour son impact sur les plus basses couches de l’atmosphère. Si ce phénomène est à peu près compris, son occurrence reste aléatoire et peu prévisible. Il est toutefois à noter qu’au cours de la dernière décennie, les SSWs ont été bien plus fréquents que pendant la décennie précédente. Les modèles de Chimie-Climat utilisés pour réaliser des projections du climat futur simulent ces événements avec des occurrences très variables. Au sein même de la grande famille des échauffements stratosphériques, on peut distinguer plusieurs types suivant leurs caractéristiques géographiques, leur amplitude, leur durée, etc… La fin de l’hiver se conclut par un échauffement spécifique nommé « final warming » qui est aussi guidé par le déferlement d’ondes planétaires, et est très important pour le couplage stratosphère-troposphère, pour l’évaluation d’erreurs importantes en température et ozone dans les modèles de Chimie-Climat ainsi que pour la durée de l’hiver et donc l’amplitude de la destruction d’ozone.
On cherchera à mieux caractériser l’état de la troposphère avant, pendant et après les SSW en distinguant les différents types. Certains SSWs seront étudiés en détail, puis on cherchera à généraliser les résultats. On analysera notamment les liens entre les blocages troposphériques et les SSWs, les incursions d’air froid (CAO, Cold ait Outbreaks), qui semblent suivre les SSWs, notamment en Europe, ainsi que le lien avec les tropiques. Ce travail sera mené d’abord sur les réanalyses puis sur des sorties de CCM afin de mieux comprendre les mécanismes mis en jeu.
b. étude des couplages pôle-tropiques au printemps et en été
La période de la transition dynamique associée au réchauffement stratosphérique final et l’état dynamique de la stratosphère en été sont peu documentées. Durant cette transition, des débris de vortex « frozen in », pouvant jouer un rôle important sur le transport de faibles quantités d’ozone aux moyennes latitudes après la destruction du vortex, polaire ont été analysées. Cependant, les phénomènes de transport de masses d’air depuis les basses latitudes vers les régions polaires ont été peu étudiés. Des études récentes ont révélé l’existence d’anticyclones « frozen-in » correspondant à l’intrusion, dans la moyenne stratosphère au printemps, de masses d’air issues des basses latitudes qui se retrouvent piégées dans un anticyclone en région polaire et dont la signature peut perdurer jusqu’en été.
A partir de différents outils de mesures d’ozone et de traceurs (N2O, CH4, CO) (spatiales MIPAS, MLS, IASI.. ), de campagnes ballon à prévoir il s’agit d’analyser les processus de transport au printemps et en été, à petite et grande échelle. Un accent particulier sera porté sur les évènements de type FrIACs qui ont été récemment répertoriées comme des événements extrêmes des intrusions tropicales, dont la fréquence d’apparition et les caractéristiques intrinsèques semblent en lien avec la période hivernale (occurrence des SSW) et les conditions dynamiques aux tropiques (phase de la QBO). L’objectif est de comprendre si des conditions dynamiques particulières dans la stratosphère peuvent favoriser leur développement en examinant les couplages existants avec les latitudes tropicales (influence de l’oscillation quasi-biennale) et les liens avec les ondes planétaires se propageant dans la stratosphère au cours de l’hiver et du printemps polaire. Des études de modélisation à l’aide du modèle dynamique tel MIMOSA-Chimie seront mises en œuvre et les résultats obtenus seront positionnés dans un cadre climatologique (modèle chimie-Climat WACCM). Ainsi il sera possible de mieux comprendre la variabilité interannuelle des phénomènes observés et de déceler d’éventuelles évolutions à long terme sous l’effet du forçage climatique. En d’autres termes, nous essaierons de comprendre si ces évènements sont le résultat d’une signature bien particulière de l’état dynamique de la stratosphère qui est à même d’être modifié dans le futur.

3 Analyse de l'effet de la variabilité solaire sur la stratosphère Arctique. Rôle de la variabilité du flux UV et des précipitations de particules solaires. Impact sur la photochimie et la dynamique stratosphérique.
Le soleil représente le forçage externe majeur du bilan radiatif terrestre et il existe à l’heure actuelle un débat sur l’influence de la variabilité solaire sur le climat de la terre. S’il est maintenant avéré que le réchauffement observé au cours des dernières décennies est dû à l’augmentation des gaz à effet de serre, la contribution de la variabilité solaire à la variabilité du climat au cours des derniers siècles est encore incertaine.
De nombreuses études ont montré des corrélations entre l’activité solaire et les paramètres climatiques, en particulier en région polaire. Ces résultats sont difficilement explicables si l’on ne prend en compte que la variabilité de l’éclairement total solaire qui ne dépasse pas 0.1% sur un cycle solaire de 11 ans. Il est donc nécessaire de trouver un mécanisme d’amplification de l’impact de l’activité solaire sur l’atmosphère. Plusieurs mécanismes ont été proposés : impact de la variabilité de l’UV solaire sur la stratosphère et couplage dynamique stratosphère-troposphère, effet des rayons cosmiques galactiques modulés par le vent solaire sur la formation de nuages, perturbation de l’atmosphère polaire par les précipitations de particules énergétiques en zone aurorale.
Il est important de souligner la complexité de ces mécanismes. Par exemple, une variation du rayonnement UV modifie directement les concentrations d'ozone stratosphérique, qui à leur tour influencent la structure thermique et dynamique de la stratosphère. Ces perturbations en retour modifient la distribution de l'ozone ainsi que les conditions de propagation des ondes avec des implications sur la circulation générale. Il est possible de plus que ces perturbations influencent la troposphère. Les rétroactions dynamiques jouent un rôle important dans la réponse au chauffage solaire UV de la stratosphère polaire en hiver de l'hémisphère nord. La propagation des ondes planétaires et donc leur dépôt de quantité de mouvement modifient l’intensité de la circulation stratosphérique aux moyennes et hautes latitudes. Différents diagnostiques soulignent que les différences de température et de vent dans l'hémisphère nord s’expliquent par des variations dans la fréquence d’occurrence des réchauffements stratosphériques soudains selon les conditions solaires considérées (minimum ou maximum) (Marchand et al., 2012).
Pour mieux comprendre comment les changements climatiques peuvent modifier la couche d’ozone et comment celle-ci en retour peut influencer le climat, il est nécessaire d’utiliser des approches complémentaires s’appuyant sur l’analyse des mesures sol et satellitales et sur la modélisation de l’interaction chimie stratosphérique-climat. Pour mener à bien ce type de simulation, nous proposons de développer une version étendue à la mésosphère et la basse thermosphère du modèle du modèle de circulation générale de l’IPSL incluant les schémas de chimie stratosphérique (LMDZ-Reprobus) et de le coupler avec un modèle d’ionosphère. Ce modèle étendu sera à même de répondre aux besoins de la communauté impliquées dans les études sur les interactions soleil-climat.

4. Destruction de l’ozone dans la stratosphère Arctique : mesures des colonnes totales d’ozone et d’oxydes d’azote par spectromètre SAOZ et analyse
L’importance de l’ozone stratosphérique tient au fait qu’il protège la surface terrestre du rayonnement ultraviolet solaire qui, en l’absence d’ozone pour l’atténuer, interdirait toute forme de vie sur Terre. Or, à partir des années 1980, s’est manifesté un phénomène de destruction de cet ozone par des produits chimiques émis par l’homme, les chlorofluorocarbures (CFC). La particularité du mécanisme photochimique responsable est qu’il fait intervenir des réactions entre gaz et particules de glace, les nuages stratosphériques polaires, présents uniquement en hiver aux hautes latitudes. Au retour du soleil au printemps, les oxydes de chlore et de brome issus des CFC et activés de cette façon détruisent rapidement l’ozone avec pour résultat la formation d’un « trou» dans lequel la colonne d’ozone est réduite de 30 à 50% et le rayonnement solaire ultraviolet au niveau du sol augmenté de 60 à 100%. Des mesures d’interdiction de production de ces CFC ont été prises dès 1987 à l’échelle internationale (Protocole de Montréal) et renforcées par la suite, qui font qu’aujourd’hui les émissions de gaz destructeurs d’ozone sont pratiquement arrêtées.
Pour autant, la durée de vie dans l’atmosphère des CFC déjà émis est de 60 à 80 ans, en conséquence le retour de l’ozone à son état antérieur n’est pas attendu avant 2050-2060. Par ailleurs, le changement se traduit par un refroidissement de la stratosphère, voire une augmentation de son humidité et donc éventuellement une accélération de la destruction d’ozone. C’est ainsi que de façon inattendue le trou d’ozone de plus grande amplitude jamais observé jusqu’à ce jour en Arctique, s’est produit en hiver 2011 où la réduction a atteint 38%, valeur proche de chaque printemps en Antarctique, mais sans pour autant pouvoir en conclure de façon définitive à une signature du changement climatique. La prévision de l’évolution de l’ozone au cours des prochaines décennies avant que les CFC ne disparaissent, exige une meilleure compréhension de la relation entre destruction de l’ozone et climat, qui nécessite en tout premier lieu une poursuite des observations.
Celles-ci sont basées sur une combinaison de mesures satellitaires et depuis le sol à partir de stations associées au réseau international Network for Detection of Stratospheric Composition Change (NDACC), dont le rôle est à la fois d’assurer une continuité d’observations indépendantes sur le long terme de celles des satellites et de valider les données de ces derniers après mise en orbite de chaque nouvel instrument.
Dans cet objectif, un instrument, le spectromètre SAOZ de mesure des colonnes totales d’ozone et d’oxydes d’azote (qui contrôlent l’amplitude de la destruction d’ozone), a été imaginé et déployé sur le globe à partir de 1988 par le Service d’Aéronomie du CNRS, aujourd’hui Latmos. Son originalité est de fonctionner dans le domaine spectral visible permettant la poursuite des mesures toute l’année jusqu’à la latitude du cercle polaire contrairement à tous les autres instruments au sol ou en orbite fonctionnant dans l’UV, aveugles en hiver. Le réseau SAOZ/NDACC Arctique, constitué de huit stations dont les données sont d’accès public en temps réel sur le site ETHER (http://www.pole-ether.fr/NDACC/), permet d’estimer chaque hiver la quantité d’ozone détruite et d’en explorer les raisons des variations éventuelles Le réseau SAOZ est soutenu par l’INSU, le CNES et l’IPEV en France. En Arctique, son fonctionnement et son exploitation font l’objet de coopérations avec le Central Aerological Observatory de Roshydromet en Russie, le Finish Meteorological Institute en Finlande, le Norwegian Institute for Air Research pour le Svalbard, le Danish Meteorological Institute pour le Groenland, l’Université de Toronto au Canada et l’Institut d’Aéronomie Spatiale de Belgique.
L’étude de la destruction chimique d’ozone stratosphérique pendant l’hiver et le printemps polaire en Arctique est ensuite évaluée, à l’aide des mesures d’ozone et de dioxyde d’azote et des modèles de chimie transport REPROBUS et MIMOSA-CHIM développés au LATMOS. L'amplitude de la destruction d’ozone en région polaire est évaluée chaque année à partir des mesures du réseau de SAOZ par une méthode qui consiste à comparer les colonnes d'ozone total mesurées aux colonnes d’ozone passif simulées par les modèles de chimie-transport, en ignorant les processus chimiques. La perte d’ozone est ensuite comparée aux colonnes d’ozone simulées par les modèles en prenant en compte la chimie, afin de valider les modèles. La diminution attendue de la concentration des substances destructrices d’ozone dans la stratosphère doit entrainer une diminution progressive de la perte d’ozone. Cette diminution dépendra toutefois de l’évolution des températures hivernales polaires, très variables d’une année sur l’autre, sous l’effet du changement climatique. La confrontation des observations avec les résultats des modèles de climat (notamment LMDz REPRO) permettra d’évaluer l’aptitude de ces modèles à prévoir les évolutions combinées de la perte d’ozone polaire et de la température polaire en région arctique.


5. Etude de la réponse du système chimique stratosphérique à l’évolution des gaz à effet de serre et du bilan radiatif terrestre en région arctique.
L’évolution des teneurs en gaz à effet de serre N2O, CH4 et H2O dans la stratosphère est importante à connaître au 21ème siècle car ceux-ci pourront avoir un impact sur la chimie de l’ozone en tant que sources de radicaux libres NOx et HOx catalyseurs de sa destruction en chaîne. L’effet pourrait être au moins aussi important que celui des composés halogénés régulés par le Protocole de Montréal et amendements successifs (CFC, halons,…). D’autre part, l’augmentation de la température à la surface de la Terre pourrait favoriser les émissions naturelles de gaz-traces halogénés par les océans. Il est donc indispensable de continuer à suivre le niveau de la charge en halogènes (brome, chlore, iode) dans la stratosphère pour prédire l’évolution de la couche d’ozone.
Les travaux dans ce domaine s’appuieront sur des campagnes de mesure et des études de modélisation. Les nouveaux spectromètres infrarouges lasers disponibles au LPC2E permettront d’effectuer des mesures au sol (instrument SPIRIT-Sol déjà utilisé pour l’étude des flux à la surface de pergélisol et océan Arctique), mais également aéroportées (SPIRIT-Avion déjà utilisé dans les avions Falcon de SAFIRE et du DLR). Un nouveau type de spectromètre IR laser à cavité résonante (OF-CEAS) embarqué sous ballon stratosphérique, dénommé "SPECIES", est en cours de développement en collaboration avec le LIPhy (Grenoble) et le CNES, permettant également des mesures in situ de nombreux gaz-traces depuis le sol jusqu'à 40 km d’altitude, à une résolution verticale de quelques mètres. Les espèces qui pourront être mesurées sont les gaz à effet de serre (CO2, N2O, CH4, O3), les traceurs dynamiques (N2O, CH4, CO, O3, HCl, OCS), les espèces réactives (HNO3, NO, H2CO, NO2, HCl, H2O2).
Les travaux menés permettront des études à l’échelle régionale (aux interfaces entre les différentes couches atmosphériques) et à grande échelle en raison de la synergie de mesures d’espèces à longue durée de vie et réactives.
Ces travaux seront associés aux mesures satellites et analysés par un ensemble de modèles physico-chimiques pour des études de processus (modèles chimiques incluant chimie gazeuse et hétérogène), de modèles de transport-chimie et trajectographiques pour l’étude des phénomènes de mélange et de diffusion turbulente.
La stratégie pour le futur est de pouvoir échantillonner ces régions dans différentes conditions géophysiques (vortex polaire, délitement du vortex et mise en place de la circulation d’ouest au printemps, circulation d’été et changement de régime des vents).
Ces études s’appuieront sur un savoir-faire et des collaborations européennes solides (l’Université d’Heidelberg, l’Université de Frankfort, le laboratoire KIT Karlshrue, le laboratoire de Jülich et le NILU en Norvège) issus de projets ballon et aéroportés comme ENRICHED en 2011 (European collaboratioN for Research on stratospheric CHEmistry and Dynamics), STRAPOLETE en 2009, SHIVA 2010 du FP7.
Ces jeux de données d’observation sont aussi très importants dans l’évaluation des modèles de chimie-climat qui sont utilisés dans la recherche sur l’ozone et le climat, notamment en Arctique. Il existe toute une variété de mécanismes de couplage par lesquels l’ozone stratosphérique influence la troposphère. Comme la dynamique de la stratosphère est fortement couplée à la distribution d’ozone, l’espèce radiative clé de l’atmosphère moyenne, toutes perturbations de l’un se répercutent sur l’autre avec la possibilité de propagation des perturbations à la troposphère. Pour cette raison, la plupart des grandes institutions de recherche sur l’ozone et le climat, notamment le CNRM et l’IPSL, se sont lancés dans le développement de modèles de chimie-climat (CCM). Ces modèles de chimie-climat sont utilisés pour analyser les causes de la variabilité passée de la stratosphère, son influence sur le climat arctique et la prédiction de l’évolution future de la couche d’ozone dans un climat changeant.

6. Etude de l'impact des aérosols de la haute troposphère et de la stratosphère sur le climat: mesure sous ballons et modélisation Chimie-Climat
L'importance des aérosols stratosphériques soufrés dans les processus chimiques et de destruction de l'ozone stratosphérique, accentuée pendant les périodes d'activité volcanique majeure, a été mise en évidence dans les années 80 et 90. Une attention particulière s'est récemment portée sur la variabilité du contenu en aérosols durant la période actuelle dite "de fond", c'est-à-dire sans la présence d'aérosols soufrés produits par une éruption volcanique majeure (la dernière étant celle du Pinatubo en 1991), qui aurait influé sur les températures de surface de la Terre. De plus, dans les conditions de fond, la contribution des aérosols non-soufrés, à savoir les aérosols carbonés et météoritiques, par rapport au contenu total dans la stratosphère s'est avérée très importante notamment dans la basse stratosphère (en dessous de 20 km d'altitude) aux hautes latitudes. Les particules carbonées pourraient notamment avoir un impact radiatif significatif. Dans la stratosphère arctique, les particules solides d'origine météoritique semblent être présentes en plus grandes quantités dans le vortex polaire où elles pourraient provenir d'altitudes plus élevées. Leur contribution à la formation d'aérosols liquide et glacés dans la stratosphère demeure très incertaine d'après le SPARC Assessment of Stratospheric Aerosol Properties de 2006.
Cependant, les observations sont limitées depuis une douzaine d'années en terme de précision, de fréquence et d'étendue verticale, ce qui a particulièrement entravé les possibilités de 1) quantifier les quantités respectives de ces différentes familles de particules, 2) déterminer leurs origines (comme par exemple les feux boréaux pour les aérosols carbonés) et 3) saisir leur variabilité à haute latitude.
Notre initiative a pour but d'aborder ces problèmes en bénéficiant des capacités techniques d'un nouveau compteur d'aérosols léger et innovant, développé principalement par le LPC2E et appelé LOAC (Light Optical Aerosol Counter). LOAC fournit les concentrations et distributions en taille des différentes natures de particules présentes et de diamètres compris entre ~0.2 et ~50 μm au sol et à haute altitude. De plus, LOAC donne une information sur la nature principale des particules détectées ce qui est très original pour ce type d'instrument.
L'objectif final sera d'évaluer de manière consistante les modèles de Chimie-Climat et d'y intégrer les propriétés des différentes familles aérosols (telles le rayon effectif, la densité de surface, l'épaisseur optique) mesurées de manière plus précise et plus fine par LOAC. Cela permettra au final une meilleure quantification des interactions stratosphère-climat dans la région arctique en lien avec les aérosols de la haute troposphère et de la stratosphère. Dans ce cadre, une collaboration entre le LPC2E et le LMD est mise en œuvre depuis début 2013 autour du modèle LMDZ-INCA.

CLAUD Chantal

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Date d'inscription : 19/03/2013

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